Pourquoi la Russie renforce-t-elle sa puissance nucléaire ?

© Sputnik. Alexander Vilf

 

La Russie est en train de renforcer ses capacités de frappe nucléaire. Pourquoi un pays souhaitant la paix et ayant une posture stratégique défensive prendrait-il une telle décision ?

 

Ce qu'en dit l'OTAN

Jens Stoltenberg, le 16 juin 2016

 

Écoutons tout d'abord ce qu'en disait Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, ce 16 juin 2016 :

 

« This nuclear sabre rattling of Russia is unjustified, it's destabilizing and it's dangerous. And this is something which we are addressing and it's also one of the reasons why we now are increasing the readiness and the preparedness of our forces and we are responding by making sure that the NATO in the future is an alliance which provides deterrence and protection for all allies against any threat. »

 

Ce qui signifie en français :

 

« Ce claquement de sabre nucléaire [NDLR : le terme rattling utilisé par jens Stoltenberg est une allusion au serpent à sonnettes qui se dit rattle snake en anglais] de la part de la Russie  est injustifié, est déstabilisant et est dangereux. Et c'est quelque chose que nous traitons et c'est aussi une des raisons pour lesquelles nous augmentons maintenant la disponibilité et la préparation de nos forces et nous répondons en nous assurant que l'OTAN sera, dans le futur, une alliance qui fournira la dissuasion et la protection pour tous les alliés contre n'importe quelle menace. »

 

D'après Jens Stoltenberg, l'augmentation des moyens déployés par l'OTAN ne serait qu'une réponse à l'augmentation de la puissance nucléaire de la Russie...

 

Voilà qui est étrange...

 

Cette déclaration est fort peu crédible ! En effet, ce 02 février 2016 - soit cinq mois et demi avant ladite déclaration ! -, Jens Stoltenberg annonçait déjà un quadruplement du financement du dispositif des forces américaines en Europe, qui atteindra 3,4 milliards de dollars en 2017 !

 

Écoutez par vous-même :

 

Jens Stoltenberg, le 02 février 2016

 

 

Jens Stoltenberg déclarait, le 02 février 2016 :

 

"Today, Secretary of Defence Ash Carter announced that the US plans to increase significantly its military presence in Europe.

I strongly welcome this proposal.

The budget request will, if approved, lead to a quadrupling of funding to 3.4 billion US dollars in 2017 for the US force posture in Europe.

This will fund more rotational US forces, more training and exercises. More prepositioning, war fighting gear and infrastructure.

This is a clear sign of the enduring commitment by the United States to European security.

It will be a timely and significant contribution to NATO’s deterrence, and collective defence.

This proposal is a vivid demonstration of the strength of our transatlantic bond."

 

Ce qui signifie en français :

 

"Aujourd'hui, le secrétaire américain à la Défense, Ash Carter, a annoncé que les États-Unis prévoyaient de renforcer de manière significative leur présence militaire en Europe.

Je me félicite vivement de cette proposition.

La demande de crédits, si elle est approuvée, entraînera un quadruplement du financement du dispositif des forces américaines en Europe, qui atteindra 3,4 milliards de dollars en 2017.

Cela permettra de financer plus de rotations des forces américaines, plus d'entraînements et d'exercices, plus de prépositionnements, de matériels de combat et d'infrastructures.

C'est un signe clair de l'engagement immuable des États‑Unis en faveur de la sécurité européenne.

Il s'agit d'une contribution opportune et significative à la posture de dissuasion et de défense collective de l'OTAN.

L'annonce faite par les États‑Unis démontre clairement la force de notre lien transatlantique."

 

Cette traduction, certes fort discutable, provient directement de la version française du site internet de l'OTAN.

 

Pour une analyse plus complète de cette stupéfiante déclaration de Jens Stoltenberg - la multiplication par 4, en un an, du dispositif militaire en Europe des États-Unis d'Amérique ! -, je renvoie mes lecteurs à l'article complet que je rédigeai le jour même, le 02 février 2016 donc, où Jens Stoltenberg fit cette déclaration.

 

L'OTAN en est réduit à misérablement justifier ses actions en prétextant ne faire que répondre aux actes d'autrui, procédé, certes digne de l'école maternelle, mais qui fonctionne fort bien à l'ère de la télévision quand le téléspectateur, hypnotisé et débordé par les exigences de son quotidien¹, n'a plus les moyens de situer les événements dans un contexte global et, notamment, dans le temps. Tandis qu'à l'ère de l'internet, l'information est disponible à quiconque souhaite la trouver. Vous savez ce qu'il vous reste à faire :

Éteignez votre télévision et regardez par la fenêtre !

 

 

¹Rappelons-nous qu'Aristote écrivait déjà, il y a plus de 2300 ans, dans son ouvrage La Politique, et plus précisément au chapitre IX, où il décrit, entre autres, les moyens dont dispose la tyrannie pour se maintenir :

 

"Un autre principe de la tyrannie est d’appauvrir les sujets, pour que, d’une part, sa garde ne lui coûte rien à entretenir, et que, de l’autre, occupés à gagner leur vie de chaque jour, les sujets ne trouvent pas le temps de conspirer."

 

Qu'en est-il réellement ?

 

Je vous invite à écouter l'entièreté (elle ne dure que 4'21'') de l'analyse de Xavier Moreau à propos du renforcement de la puissance nucléaire de la Russie :

 

Interview de Xavier Moreau sur PRESSTV, ce 22 décembre 2016

 

Cette analyse est on ne peut plus édifiante. En voici un extrait :

 

« Depuis, en gros, George Bush fils, la stratégie américaine a été d'essayer de briser la balance nucléaire. Et l'histoire, c'était de reproduire ce qu'avait fait Ronald Reagan au début des années 80, c'est-à-dire de vendre un projet qui mettrait à l'abri, grâce à un système technologique de guerre des étoiles, le territoire américain de la réponse en second. Ce qu'on appelle la réponse en second en stratégie nucléaire, c'est-à-dire qu'en gros les américains auraient pu utiliser l'arme nucléaire sur la Russie et en échange la Russie n'aurait pas pu renvoyer ses armes nucléaires sur le territoire américain qui aurait été protégé. Et donc [...] ils ont tenté de reproduire cette stratégie vis-à-vis de la Russie : d'abord George Bush, avec le système de bouclier anti-missiles, et ensuite avec l'administration Obama. Et la réponse des Russes a été de dire "Cette fois, on ne se lancera pas dans une course à des technologies mal maîtrisées mais on se contentera d'améliorer la pénétrabilité de nos vecteurs et la puissance de nos vecteurs.". C'est exactement ce que les Russes sont en train de faire. »

 

Ainsi donc, c'est uniquement afin de préserver la possibilité de disposer de la réponse en second que la Russie renforce sa puissance nucléaire. Cette démarche s'inscrit parfaitement dans la logique défensive de l'équilibre par la terreur qui, lui seul et non une quelconque organisation internationale, comme par exemple l'Union européenne, a assuré la paix relative - n'oublions ni la Yougoslavie ni l'Ukraine - en Europe depuis 1945. Cet équilibre par la terreur, obtenu par la possession de très nombreuses armes thermonucléaires par plusieurs pays, avait été illustré par l'acronyme anglais MAD, mot pouvant être traduit par le mot "fou" en français et signifiant, en fait Mutually Assured Destruction.

 

OTAN et Russie : qui menace l'autre ?

 

Résumons donc :

    OTAN Russie  
  Hommes de troupe 3 601 650  766 000  
  Avions 21 245 3 547  
  Navires 1 774 352  
  Budget militaire 842 milliards $ 46 milliards $  

 

Comme si cette supériorité numérique écrasante de l'OTAN ne suffisait pas, celle-ci, l'OTAN donc, ne cesse de se livrer à des manœuvres militaires de plus en plus importantes le long de la frontière russe !

 

 

Quelle honteuse comédie de la part de l'OTAN ! Cela s'appelle de la propagande belliciste.

 

Comme le dit Xavier Moreau :

 

« L'OTAN est avant tout un moyen de domination politique parce que, militairement, l'OTAN n'a pas les moyens d'envahir la Russie et tout le monde sait très bien pertinemment que la Russie n'a pas non plus l'intention d'envahir les pays baltes ou aucun de ses voisins. »

 

Conclusion

 

L'OTAN n'a rien d'une structure défensive car, on le sait parfaitement, le dangereux principe des alliances automatiques est générateur de conflits globaux. Bien au contraire, l'OTAN est une structure offensive qui permet à l'Empire déclinant des États-Unis d'Amérique de continuer à se livrer à des agressions illégales afin de tenter de préserver son hégémonie mondiale. La puissance des États-Unis d'Amérique ne faisant que décliner, ceux-ci en sont réduits, dans leur logique capitaliste criminelle, à vouloir détruire ce qu'ils ne peuvent contrôler plutôt que de le voir passer sous contrôle rival.

 

La Belgique doit refuser - il en va non seulement de son propre intérêt mais aussi de son honneur ! - d'être le complice de ces guerres d'agression illégales auxquelles se livrent, pour le plus grand profit de l'oligarchie financière et industrielle, les États-Unis d'Amérique.

 

Dans le cadre de cette montée générale de la tension provoquée, rappelons-le, par la soif insatiable de domination de l'Empire déclinant des États-Unis d'Amérique, la Belgique doit s'extirper, sans tarder, de ce piège qu'est l'OTAN par la mise en œuvre de l'article 13 du Traité de l'Atlantique Nord. De même, puisque la politique étrangère, ainsi que la politique militaire, de l'Union européenne sont sous la tutelle de l'OTAN, la Belgique doit reprendre son autonomie diplomatique et militaire en sortant de l'Union européenne par la mise en œuvre de l'article 50 du traité sur l'Union européenne. Seule cette double sortie permettrait à la Belgique de reprendre la place qui est la sienne, une place digne, honnête, qui sert ses propres intérêts. Cette place, c'est la neutralité.

 

Les nations qui parviennent à conserver leur neutralité durant les conflits, non seulement se préservent des affres de la guerre, mais en plus deviennent, pour leur plus grand bénéfice, des plaques tournantes diplomatiques et commerciales.

 

 

Mike Werbrouck

Président fondateur du MIB

 

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