La course aux armements continue !

 

Ces 17 et 18 février 2017, se tenait la conférence de Munich sur la sécurité. Voici, disponible sur la chaîne NATO News du site internet YouTube, un discours qu'y a prononcé aujourd'hui Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, discours immédiatement suivi d'une brève séance de questions et réponses.

La retranscription de ces deux vidéos est disponible sur le site internet de l'OTAN.

 

Jens Stoltenberg, le 18 février 2017, à Munich

 

 

Jens Stoltenberg, le 18 février 2017, à Munich

 

La retranscription de ces deux vidéos est disponible sur le site internet de l'OTAN,

 

 

1° Voici, issus de ce discours de Jens Stoltenberg, quelques extraits, chacun d'eux immédiatement suivi de ma traduction et de mon commentaire  :

 

 

• 00'42''→00'52''

« It’s always a great pleasure to be here at the Munich Security Conference, but especially this year because these are really pivotal times. We face the greatest security challenges for generations... »

« C'est toujours un grand plaisir d'être ici à la conférence de Munich sur la sécurité, mais particulièrement cette année car nous sommes vraiment à un moment charnière. Nous faisons face aux plus grands défis liés à la sécurité pour des générations... »

 

Cela fait plus de cent ans que les dirigeants occidentaux nous affirment sans cesse faire face aux plus grandes menaces. Cette façon de crier au loup est une technique vieille comme le monde. Comme l'écrivait George Orwell dans son magnifique ouvrage 1984 :

« La conscience d'être en guerre, et par conséquent en danger, fait que la possession de tout le pouvoir par une petite caste semble être la condition naturelle et inévitable de survie. »

 

 

• 01'02''→01'13''

« For almost seventy years, the partnership between Europe and North America has ensured peace, freedom and prosperity. »

« Pendant presque septante ans, le partenariat entre l'Europe et l'Amérique du Nord a assuré la paix, la liberté et la prospérité. »

 

Vraiment ? Partout où passe l'OTAN, elle sème la guerre et la désolation : en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, pour ne citer que quelques exemples.

 

 

• 01'38''→01'44''

« ...after two world wars that started in Europe... »

« ...après deux guerres mondiales qui ont commencé en Europe... »

 

Ces quelques mots ont pour objet de rappeler, une fois de plus, que le danger se situerait bien ici, en Europe, chez nous. Vous vous souvenez de George Orwell qui écrivait que « La conscience d'être en guerre, et par conséquent en danger, fait que la possession de tout le pouvoir par une petite caste semble être la condition naturelle et inévitable de survie. ».

Jens Stoltenberg nous affirme que les deux guerres mondiales ont commencé en Europe... Mais cette vision centrée sur l'Europe est-elle bien exacte ? Le moins qu'on puisse dire est qu'il y a matière à discuter. On pourrait se contenter de croire que la Deuxième Guerre mondiale a commencé le 01er septembre 1939 en Pologne mais n'aurait-elle pas commencé quatre mois plus tôt,  le 11 mai 1939 quand les Soviétiques et les Japonais entamèrent la bataille de Khalkhin Gol, en Mongolie ? À moins que ce ne fût l'année précédente, le 29 juillet 1938, lorsque débuta la bataille du Lac Khassan, livrée quand les Soviétiques durent repousser une incursion japonaise dans leur territoire ? Ou, peut-être, comme le soutiennent nombre d'historiens, la Deuxième Guerre mondiale a-t-elle commencé encore un an plus tôt, le 07 juillet 1937 quand les Japonais envahirent la partie orientale de la Chine, entamant ainsi la seconde guerre sino-japonaise qui prit fin en même temps que la Deuxième Guerre mondiale_? À moins que ce ne soit encore plus tôt ? Mais alors, quand ? Et cette Deuxième Guerre mondiale, quand a-t-elle pris fin ? Cette question, qui est loin d'être anodine, sera l'objet d'un prochain article.

Quant à la Première Guerre mondiale, quand a-t-elle pris fin ? Le 11 novembre 1918 ? Vous croyez vraiment_? Ne serait-ce pas en 1923 ? Ou plus tard peut-être ? Cette question intéressante, elle aussi, sera également l'objet d'un prochain article.

L'objet de ce commentaire n'est pas de vous donner un cours d'Histoire, même si cela passionne certains d'entre vous, mais d'attirer votre attention sur le fait qu'il existe, depuis au moins cent ans, un état de guerre à peu près permanent. La guerre monte les populations les unes contre les autres - diviser pour régner ! -, ce qui les empêche de s'opposer à l'oppression qu'elles subissent de la part de leurs propres dirigeants. Sans oublier que ceux-ci sont bien souvent stipendiés par ceux qui détiennent réellement le pouvoir...

Comme l'écrivait déjà George Orwell, en 1949, dans son magnifique ouvrage 1984 :

"La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l'objet de la guerre n'est pas de faire ou d'empêcher des conquêtes, mais de maintenir intacte la structure de la société."

 

 

• 02'57''→03'11''

« Our response is defensive and it is measured and proportionate. We do not seek to provoke conflict, but to prevent conflict and preserve peace. »

« Notre réponse est défensive et elle est mesurée et proportionnée. Nous ne cherchons pas à provoquer le conflit mais à empêcher le conflit et à préserver la paix. »

 

Vraiment ? Allez dire cela là où est passée l'OTAN : en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie, pour ne citer que quelques exemples.

 

 

• 05'05''→05'24''

« The ability of our Alliance to fulfil all its tasks depends on all Allies contributing their fair share. Europeans cannot ask the United States to commit to Europe’s defence if they are not willing to commit more themselves. »

« La capacité de notre Alliance à remplir toutes ses tâches repose sur le fait que tous les Alliés contribuent à leur juste part. Les Européens ne peuvent pas demander aux États-Unis de s'engager à la défense de l'Europe s'ils ne veulent pas s'y engager plus eux-mêmes. »

 

Sans le vouloir, Jens Stoltenberg met ici en évidence un élément essentiel concernant l'OTAN : celle-ci n'existe pas à la demande de l'Europe mais est le fruit d'une volonté de la part des États-Unis d'Amérique. L'OTAN est, rappelons-le encore une fois, un instrument de vassalisation du continent européen.

 

 

• 05'26''→05'38''

« In 2014, Allies sat around the same table, looked each other in the eye and agreed to invest more in defence... »

« En 2014, les Alliés se sont assis à la même table, se sont regardés dans les yeux et se sont mis d'accord pour investir plus dans la défense... »

 

Sur ce point, Jens Stoltenberg semble avoir tout à fait raison, si la Belgique, dans le cadre de son appartenance à l'OTAN, a pris des engagements, elle doit les tenir !  C'est une question de crédibilité, d'honneur même !

Cependant, pour être parfaitement précis, la Belgique ne s'est pas engagée à consacrer 2 % de son PIB en dépenses militaires ! La Belgique s'est engagée à se rapprocher du seuil recommandé de 2 % du PIB, ce qui n'est pas du tout la même chose !

En effet, le texte qui précise cette question est la Déclaration du sommet du Pays de Galles. Vous en trouverez la version officielle sur le site internet de l'OTAN en anglais ainsi qu'en français.

 

Au point 14 de ce texte est spécifié :

 

« Allies whose current proportion of GDP spent on defence is below this level will:

• halt any decline in defence expenditure;

• aim to increase defence expenditure in real terms as GDP grows;

aim to move towards the 2% guideline within a decade with a view to meeting their NATO Capability Targets and filling NATO's capability shortfalls. »

 

« Les Alliés dont la part du PIB consacrée à la défense est actuellement inférieure au niveau précité :

• cesseront toute diminution des dépenses de défense ;

• chercheront à augmenter leurs dépenses de défense en termes réels à mesure que croîtra leur PIB ;

chercheront à se rapprocher dans les dix années à venir des 2 % recommandés, en vue d'atteindre leurs objectifs capacitaires OTAN et de combler les insuffisances capacitaires de l'OTAN. »

 

On peut, bien sûr, se poser des questions quant au bien-fondé qu'il y aurait à consacrer 2 % de son PIB en dépenses militaires, ce qui reviendrait à peu près à en doubler le budget, alors qu'on se voit imposer, par la Commission européenne, une politique économique structurelle d'austérité...

Nous sommes bel et bien soumis à un pillage institutionnalisé !

 

 

• 05'39''→06'49''

« ...and we all heard Chancellor Merkel and Vice President Pence stressing this morning the importance of increased defence spending and fairer burden sharing. This is good for Europe and it’s good for NATO. I applaud Chancellor Merkel’s commitment to increased German defence spending. It is a vital contribution to European freedom, peace and security. Fairer burden sharing has been my top priority since taking office. In 2016, after many years of cuts, defence spending increased across Europe and Canada by 3.8% in real terms or ten billion US dollars. That is a significant step in the right direction, but it is not enough. The Alliance still has a long way to go. All Allies must speed up their efforts to meet the target of spending 2% of GDP on defence. »

« ...et nous avons tous entendu le chancelier Merkel et le vice-président Pence souligner ce matin l'importance d'une augmentation des dépenses pour la défense et d'un partage plus juste de la charge. C'est bon pour l'Europe et c'est bon pour l'OTAN. J'applaudis l'engagement du chancelier Merkel d'augmenter les dépenses allemandes pour la défense. C'est une contribution vitale à la liberté, à la paix et à la sécurité européennes. Un partage plus juste de la charge a été ma première priorité depuis que je suis entré en fonction. En 2016, après de nombreuses années de coupes, les dépenses pour la défense ont augmenté en Europe et au Canada de 3.8 % en termes réels ou de dix milliards de dollars états-uniens. C'est une étape importante dans la bonne direction, mais ce n'est pas assez. L'Alliance a encore un long chemin à parcourir.  Tous les Alliés doivent accélérer leurs efforts pour remplir l'objectif d'une dépense pour la défense de 2 % du PIB. »

 

Nous voilà dans le vif du sujet, le véritable objet de ce discours : continuer à augmenter les dépenses militaires ! Jens Stoltenberg réalise là un excellent travail de représentant de commerce, pour le plus grand bénéfice du complexe militaro-industriel. N'oubliez jamais ses propres termes :

« Fairer burden sharing has been my top priority since taking office. »

« Un partage plus juste de la charge a été ma première priorité depuis que je suis entré en fonction. »

 

 

• 08'24''→08'27''

« We are an Alliance of 28 democracies. »

« Nous sommes une alliance de 28 démocraties. »

 

Aucun des pays membres de l'Union européenne n'est une démocratie ! Or 22 des 28 membres de l'OTAN sont des membres de l'Union européenne. Quant à savoir si ne fût-ce qu'un seul des autres membres de l'OTAN est une démocratie, cela reste à voir...

 

 

 

2° Et voici, issus de la séance de questions et réponses qui a succédé à ce discours, quelques extraits, chacun d'eux immédiatement suivi de ma traduction et de mon commentaire  :

 

 

• 01'20''→01'52''

« So my focus is now on what can we do to make sure that we implement what we have promised, that we deliver on what we promised all together back in 2014. And this is not about the US forcing Europe to increase defence spending. »

« Je me concentre maintenant sur ce que nous pouvons faire pour nous assurer que nous mettons en œuvre ce que nous avons promis tous ensemble en 2014. Et il ne s'agit pas des États-Unis qui forceraient l'Europe à augmenter des dépenses pour la défense. »

 

Jens Stoltenberg nous dit bien quel est son objectif principal, son « focus », pour reprendre son propre terme anglais : s'assurer que tous les membres de l'OTAN augmentent leurs dépenses militaires comme ils l'ont tous promis en 2014.

 

 

• 02'11''→02'22''

« In 2014 we decided three things: we decided to stop the cuts, then gradually increase defence spending and then move towards 2% within a decade. »

« En 2014, nous avons décidé trois choses : nous avons décidé de mettre fin aux coupes budgétaires, d'augmenter les dépenses pour la défense et de nous rapprocher des 2 % dans un délai de dix ans. »

 

Rappelons donc qu'il s'agit non d'atteindre 2 % du PIB consacrés aux dépenses militaires mais de s'en rapprocher et qu'en plus il y a, pour ce faire, un délai de dix ans, à compter à partir du 05 septembre 2014.

 

Par ailleurs, soulignons, afin d'avoir une vision globale à propos de cette question, que le sommet du Pays de Galles a eu lieu les 04 et 05 septembre 2014 et que Jens Stoltenberg est entré en fonction, comme secrétaire général de l'OTAN, moins d'un mois plus tard, le 01er octobre 2014. Il n'y a donc rien d'étonnant à l'entendre déclarer maintenant :

« Fairer burden sharing has been my top priority since taking office. »

« Un partage plus juste de la charge a été ma première priorité depuis que je suis entré en fonction. »

 

 

• 06'18''→06'52''

« ...NATO has also enabled the enlargement of the Alliance after the Cold War and also been a framework for the enlargement of the European Union... »

« ...L'OTAN a aussi permis l'élargissement de l'Alliance après la guerre froide et aussi été une structure pour l'élargissement de l'Union européenne... »

 

Jens Stoltenberg déclare lui-même que l'OTAN a aussi été une structure pour l'élargissement de l'Union européenne !

 

 

• 07'02''→07'11''

« ...we should bear in mind that the 2% is a minimum. It's a minimum target, and should be interpreted in that way... »

« ...nous devrions garder à l'esprit que les 2 % constituent un minimum. Il s'agit d'un objectif minimum et cela devrait être interprété en tant que tel... »

 

Alors que tous les extraits précédents sont de Jens Stoltenberg, ce dernier passage est prononcé par le Britannique Ming Campbell.  L'OTAN a décidé, très logiquement et très intelligemment, de couper exactement ici cette vidéo sans nous permettre d'entendre la fin de cette question ni sa réponse donnée par Jens Stoltenberg. Il faut bien admettre que, quand on considère que l'objet de cette vidéo est de faire accepter l'idée que les membres européens de l'OTAN devraient augmenter leurs dépenses militaires, cela clôt avec force cette vidéo. D'autant plus quand on sait que Ming Cambell est en fait The Right Honourable Lord Campbell of Pittenweem et qu'il est, entre autres, Privy Council of the United Kingdom (très honorable Conseil privé de Sa Majesté) et qu'il porte le titre de Queen's Counsel (conseiller de la reine). Il s'agit de quelqu'un dont la voix a du poids...

 

Conclusion

 

La Belgique doit s'extraire de cette dynamique belliciste qui ne fait qu'alimenter l'état de guerre permanent qui existe.

 

En tant que membre de l'OTAN, la Belgique est confrontée à un choix très clair : soit elle se soumet au diktat qui entend lui imposer de consacrer 2 % de son PIB à des dépenses militaires, cela dans l'ignoble contexte d'austérité budgétaire qui nous est imposé par l'oligarchie financière ; soit elle résiste à cette pression. Mais que pèsent le hard power et le soft power de la Belgique face à ceux de l'OTAN, autrement dit, face à ceux des États-Unis d'Amérique ?

 

La seule façon qu'a la Belgique de s'affranchir de ce dilemme consiste à sortir le plus rapidement possible de ce carcan qu'est l'OTAN par la mise en œuvre de l'article 13 du Traité de l'Atlantique Nord.

De plus, étant donné que l'article 42 du TUE place la politique étrangère et la politique militaire de l'Union européenne sous la tutelle de l'OTAN, la Belgique doit également, afin de recouvrer son indépendance diplomatique et militaire, sortir de l'Union européenne par la mise en œuvre de l'article 50 du traité sur l'Union européenne.

 

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Mike Werbrouck

Président fondateur du MIB

 

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