Trident Juncture 2018

 

Nous nous souvenons de l'exercice Aurora 17 qui s'est tenu l'année passée en Suède, du 11 au 29 septembre 2017, et qui constituait les plus grandes manœuvres militaires ayant eu lieu en Suède depuis 23 ans. Ces manœuvres regroupaient alors plus de 19.000 hommes de troupe suédois ainsi que des unités militaires de la Finlande, de la Norvège, du Danemark, de l'Estonie, de la Lituanie, de la France et, de façon incontournable, des États-Unis d'Amérique.

 

Cet automne 2018, l'OTAN surenchérit et se livre à des manœuvres dont l'ampleur dépasse tout ce qui eu lieu depuis la fin de la guerre froide, depuis près de 30 ans donc.

 

Ces immenses manœuvres, nommées Exercise Trident Juncture 2018, et qui sont un des 106 exercices que l'OTAN aura planifiés durant cette année 2018, ont débuté ce 25 octobre et prendront fin ce 07 novembre. Elles impliquent plus de 50.000 hommes, plus de 10.000 véhicules terrestres, 250 aéronefs et 65 navires - dont un des onze porte-avions géants états-unien : le USS Harry S. Truman (CVN-75) ! -, le tout appartenant aux forces militaires de 31 pays : les 29 membres de l'OTAN, dont la Belgique donc, ainsi que la Finlande et la Suède.

 

Le USS Harry S. Truman (CVN-75), dans l'Océan Atlantique, le 11 septembre 2018

 

Le porte-avions géant états-unien USS Harry S. Truman (CVN-75), participe aux immenses manœuvres actuelles de l'OTAN Trident Juncture 2018.

 

Ce porte-avion est le huitième de la classe Nimitz : avec leur déplacement (c'est-à-dire la masse d'eau déplacée sous la ligne de flottaison) de 88.000 tonnes et une longueur de 333 mètres, il s'agit des navires de guerre les plus imposants au monde !

Ce géant à propulsion nucléaire emporte 6.250 hommes d'équipage, dégage une puissance de 260.000 ch, est capable de transporter - à plus de 56 km/h ! La vitesse maximum de ce vaisseau est classée secret Défense - 90 aéronefs et a coûté 4,5 milliards de dollars états-unien !

Le fait qu'un navire pareil soit engagé dans des manœuvres militaires donne une idée de l'importance de celles-ci.

 

 

Get ready for Trident Juncture 18

Vidéo publiée par l'OTAN le 25 octobre 2018 sur sa chaîne YouTube

 

Trident Juncture 2018 se déroule principalement en Norvège, mais également, et bien que dans une moindre mesure, en Finlande, en Suède et même en Islande, pays qui ne possède pas d'armée mais qui est - lui aussi ! - occupé militairement depuis des décennies par les États-Unis d'Amérique. Toutes les mers adjacentes sont également incluses dans le théâtre des opérations : le nord de l'Océan Atlantique ainsi que la Mer Baltique.

 

La Finlande et la Suède ?

 

Il ne faut, en effet, pas perdre de vue que ni la Finlande ni la Suède ne font partie de l'OTAN :

 

L'OTAN et l'Union européenne sont les deux faces d'une même médaille

 

Incorporer la Suède et la Finlande dans l'OTAN est un objectif stratégique important pour les États-Unis d'Amérique qui, dans leur projet de vassalisation du continent européen, voudraient idéalement faire coïncider le périmètre de l'OTAN avec celui de l'Union européenne.

 

Rappelons, à ce propos, que le grand géostratège états-unien Zbigniew Brzezinski a écrit, dans son livre Le grand échiquier :

 

« L'OTAN constitue non seulement le support essentiel de l'influence américaine, mais aussi le cadre de sa présence militaire en Europe de l'Ouest, enjeu crucial. » (p.78)

 

« Pour le dire sans détour, l'Europe de l'Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses États rappellent ce qu'étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires. » (p.88)

 

Le concept norvégien de défense totale

 

Il existe, en Norvège, le concept de défense totale. Celle-ci implique, dans sa définition norvégienne, une complète coopération, à tous les niveaux, entre la totalité de la société civile et l'armée. Cet concept n'est rien d'autre que celui de guerre totale, inventé par les Assyriens et mis en application, par exemple, par le troisième Reich, par l'Union soviétique et par le Japon Shōwa durant la Deuxième Guerre mondiale.

Se livrer à la guerre totale en temps de guerre peut sembler logique à certains, mais de là à s'y exercer en temps de paix, il y a tout de même une marge.

 

C'est pourtant un des volets de Trident Juncture 2018 : l'entraînement de toute la Norvège à la défense totale, comme en attestent le site internet du Shape ou encore le site internet officiel des forces armées norvégiennes, à la page 4 du document Facts and information Exercise Trident Juncture 2018 (TRJE 2018) qu'elles ont publié.

 

C'est ainsi que, par exemple, prennent également part à Trident Juncture 2018, la Protection civile norvégienne (Direktoratet for samfunnssikkerhet og beredskap : DSB), les Chemins de fer de l'État norvégien (Norges Statsbaner : NSB), l'Administration norvégienne des routes publiques (Statens vegvesens), comme en atteste son site internet, ou encore l'Institut météorologique norvégien (Meteorologisk institutt : MET), comme en atteste aussi son site internet.

 

C'est bon pour la croissance !

 

Le site internet officiel des forces armées norvégiennes nous informe que dans le cadre de l'exercice Trident Juncture 2018 :

• quelque 35.000 lits seront dressés dans la zone des exercices et autour de celle-ci. À titre de comparaison, Oslo, capitale et ville de loin la plus peuplée de la Norvège compte 26.000 lits dans l'ensemble de tous ses hôtels ;

• 1,8 million de repas seront servis ;

• 4,6 millions de bouteilles d'eau seront distribuées ;

• 660 tonnes de linge seront lessivées ;

• l'OTAN et les forces armées norvégiennes ont signé des contrats pour une valeur de 159 millions d'euros avec diverses entreprises et commerces norvégiens.

 

Toutes les activités militaires génèrent des dépenses colossales, même en temps de paix. Cela réjouira ceux qui croient encore à cette absurdité qui consiste à affirmer qu'il faudrait de la croissance. Les autres seront affligés de constater qu'on dépense autant de ressources à s'entraîner à la guerre, alors même que notre propre population se voit imposer, année après année, une paupérisation de plus en plus douloureuse par la Commission européenne qui n'est qu'une courroie de transmission du pouvoir créocratique que nous subissons.

 

À propos de croissance, nous vous invitions à visionner notre conférence « Pourquoi la croissance_?_ »  :

 

Mike Werbrouck, le 20 avril 2018, à Bruxelles

Pourquoi la croissance ?

 

Constater l'immensité de toutes ces dépenses générées par l'activité militaire n'est qu'une première étape : il importe surtout de se poser la question de savoir à qui cela profite.

 

Cui bono ?

 

Au lieu de se soumettre à cette concussion qui consiste à payer son écot au complexe militaro-industriel, la Belgique ferait infiniment mieux de consacrer ses ressources à sa propre population qui ne cesse de s'appauvrir sous le poids d'une dette qui n'est rien d'autre qu'un instrument de domination et qui ne sera jamais remboursée pour la simple raison qu'il est mécaniquement impossible qu'elle le soit. Les exigences relatives à son prétendu remboursement sont mises en place, entre autres, par le biais des traités européens et des GOPÉ : les pays de l'Union européenne, et en particulier ceux de la zone euro, sont contraints de se livrer à des ajustements structurels censés réduire leur déficit et même, comme c'est le cas par exemple pour la Grèce, garantir leur solvabilité auprès de leurs créanciers. Nous sommes l'objet d'un pillage légalisé et institutionnalisé.

 

Comme le dit la célèbre citation attribuée, sans doute à tort, à Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis d'Amérique, et dont il est un des Pères fondateurs :

 

"The two enemies of the people are criminals and government, so let us tie the second down with the chains of the Constitution so the second will not become the legalized version of the first."

 

Ce qui signifie en français :

 

« Les deux ennemis du peuple sont les criminels et le gouvernement, attachons donc le second avec les chaînes de la Constitution pour qu'il ne devienne pas la version légalisée des premiers. »

 Thomas Jefferson, au Mont Rushmore (Dakota du Sud)

 

Nous sommes gouvernés par des bandits !

 

N'oublions jamais que, comme l'a écrit George Orwell dans son incontournable chef-d'œuvre 1984 :

 

« La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l'objet de la guerre n'est pas de faire ou d'empêcher des conquêtes, mais de maintenir intacte la structure de la société. »

 

La désignation d'un ennemi imaginaire, qui vit dans un pays où les conditions d'existence seraient horribles, est une technique utilisée depuis des millénaires afin de faire accepter au peuple qu'on domine la soumission à laquelle on le contraint, ainsi que les conditions d'existence qu'on lui impose, aussi inacceptables soient-elles.

 

La Belgique doit adopter une défense erga omnes

 

L'appartenance de la Belgique à l'OTAN nous place dans un dangereux système d'alliances automatiques. La Belgique n'a rien à gagner à faire partie d'une telle alliance. En effet, quel pays voudrait-il attaquer la Belgique ?

 

 

Les pays voisins de la Belgique sont les Pays-Bas, l'Allemagne, le Grand-Duché de Luxembourg, la France et on peut même compter le Royaume-Uni, par-delà la Mer du Nord.

 

La Belgique aurait-elle la moindre crainte à avoir d'une invasion provenant d'un de ces cinq pays ? Non, bien sûr. Et ce d'autant moins que ces cinq voisins de la Belgique sont tous des membres de l'OTAN qui, nous assure-t-on, est une alliance défensive.

 

 

L'appartenance de la Belgique à l'OTAN n'améliore en rien sa sécurité, au contraire ! En effet, l'appartenance de la Belgique a entraîné celle-ci, de façon répétée, à se livrer, illégalement au regard du droit international, à des agressions, au sens légal même du terme selon la résolution 3314 de l'ONU. C'est ainsi que la Belgique a bombardé la Yougoslavie, la Libye, l'Irak et la Syrie, chaque fois illégalement rappelons-le, et cela alors même que ces pays ne lui avaient rien fait !

 

Au lieu d'accepter de se laisser réduire servilement à la fonction de supplétif de l'Empire états-unien déclinant et de se comporter ainsi comme une petite frappe, la Belgique ferait infiniment mieux de servir ses propres intérêts et d'adopter la digne posture qui devrait être la sienne sur la scène internationale : cette posture, c'est la neutralité. La Belgique doit adopter une politique de défense erga omnes, ce qui signifie qu'elle n'a pas d'ennemi désigné, qu'elle sert ses propres intérêts et qu'elle dialogue avec tout le monde.

 

Ne se contentant pas de détruire lâchement des pays qui n'ont, sans aide extérieure, aucune possibilité de survivre à ses assauts, l'OTAN multiplie les provocations à l'égard de la Russie. Car que l'on ne s'y trompe pas : même si prétendument cet exercice à visée défensive est basé sur un scénario d’intervention militaire dans le cadre de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, face à un ennemi fictif, Trident Juncture 2018 est bel et bien un exercice destiné à simuler un conflit contre la Russie.

 

 

Le site internet euractiv.com le dit lui-même en titrant :

 

"NATO in mock defence of Norway against Russian attack"

 

Ce qui signife, en français :

 

« L'OTAN dans un simulacre de défense contre une attaque russe »

 

 

La chaîne YouTube US Defense News en atteste également sans ambiguïté aucune :

 

This is How U.S. Marines Will Take the Fight to Russia in the Arctic

Vidéo publiée par US Defense News le 24 octobre 2018 sur sa chaîne YouTube

 

Le titre de cette vidéo, dont la majorité des scènes se déroulent en Islande, est on ne peut plus explicite :

 

"This is How U.S. Marines Will Take the Fight to Russia in the Arctic"

 

Ce qui signifie, en français :

 

« Voici comment les U.S. Marines combattront la Russie dans l'Arctique »

 

De surcroît, de nombreux passages de cette vidéo mentionnent nommément la Russie comme étant l'ennemi représenté dans ces manœuvres.

 

Conclusion

 

En acceptant, tel un abject laquais, de servir vilement de supplétif à l'Empire états-unien déclinant, la Belgique, se rend complice, d'une provocation de plus de la part de l'OTAN à l'égard de la Russie ; provocation qui ne fait que contribuer à la montée généralisée de la tension internationale.

 

La Belgique doit retrouver la place qui est la sienne, une place digne, qui sert ses propres intérêts : cette place, c'est la neutralité. Sa politique de défense doit être erga omnes.

 

La Belgique doit retrouver le pouvoir de décider elle-même du juste budget qu'elle entend consacrer à sa défense.

 

Cela nécessite, de façon incontournable, que la Belgique recouvre sa souveraineté. L'Union européenne est une dictature, il est impossible de la réformer, la seule manière pour la Belgique de recouvrer sa souveraineté est qu'elle sorte de ce carcan qu'est l'Union européenne par la mise en œuvre de l'article 50 du traité sur l'Union européenne.

Une fois sa souveraineté recouvrée, la Belgique pourra enfin sortir de l'OTAN par la mise en œuvre de l'article 13 du TAN.

 

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Mike Werbrouck

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