Que les Européens lèvent ou non les sanctions contre la Russie dépendra du leadership américain

 

 

 

 

C'est ce qu'a déclaré, il y a quelques jours, John McCain qui est, depuis 1987, sénateur des États-Unis d'Amérique pour l'Arizona.

 

John McCain qui, le 17 avril 2007, à Murrells en Caroline du Sud, alors qu'il était en pleine campagne présidentielle, dit, ou plutôt chante, ce qui, d'après lui, doit être fait à propos de l'Iran :

Vous avez parfaitement bien entendu, John McCain chante « Bomb Iran », ce qui signifie en français «_Bombardez l'Iran ».

 

John McCain est un belliciste fanatique. C'est un héro de guerre états-unien bardé de décorations. Il fut abattu et capturé, en 1967, lors d'une de ses nombreuses missions de bombardement au dessus du Viêt Nam du Nord. Il aime la guerre.

 

 

Écoutez donc maintenant cette fameuse déclaration qu'a faite John McCain, il y a quelques jours, comme quoi c'est aux État-Unis d'Amérique de décider si l'Union européenne peut, ou non, lever les sanctions contre la Russie.

Vous entendrez, entre 00'11'' et 00'29'', cette déclaration extraordinaire dans cette vidéo :

 

Les termes précis employés par John McCain sont :

 

« There's clearly a lot of uh a lot of conversations amongst the Europeans about lifting the sanctions.

Whether they do it or not to some, to some degre will depend on American leadership. »

 

Ce qui signifie en français :

 

« Il y a clairement beaucoup de conversations parmi les Européens au sujet de la levée des sanctions.

Qu'ils le fassent ou non dans un certaine mesure dépendra du leadership américain. »

 

 

On peut reprocher beaucoup de choses à John McCain mais il faut lui reconnaître une certaine franchise. En effet, oser déclarer que la levée des sanctions prises, prétendument par l'Union européenne, contre la Russie dépend du bon-vouloir des États-Unis d'Amérique ne manque pas de candeur.

 

Candeur ou arrogance ?

 

Arrogance car, en effet, ces sanctions prises prétendument par l'Union européenne ont en fait été imposées par les États-Unis d'Amérique. Cela a été confirmé sans aucune gêne, presque avec fierté, par le vice-président des États-Unis d'Amérique Joseph Biden lui-même comme vous avez pu l'entendre dans la vidéo précédente, entre 01'37'' et 01'54'', et comme vous pouvez l'entendre d'une façon plus complète dans celle-ci :

 

Joseph Biden

 

Voici ce que déclarait, Joseph Biden le 02 octobre 2014 à l'université d'Harvard :

 

« We've given Putin a simple choice : respect Ukraine's sovereignty or face increasing consequences. That has allowed us to rally the world's major developed countries to impose real cost on Russia. It is true, they did not want to do that, but again it was America's leadership and the President of the United States insisting, oft times almost having to embarrass Europe to stand up, and take economic hits to impose cost. »

 

Ce qui signifie en français :

 

« Nous avons donné à Poutine un choix simple : respecter la souveraineté de l'Ukraine ou faire face à des conséquences grandissantes. Cela nous a permis de rallier les grands pays développés du monde pour imposer des coûts réels à la Russie. C'est vrai, ils [les Européens] ne voulaient pas le faire mais, de nouveau, c'était le leadership américain et le président des États-Unis qui ont insisté, qui ont fait honte plusieurs fois à l'Europe pour qu'elle redresse la tête et se livre à des frappes économiques afin d'imposer un coût [à la Russie]. »

 

Cela a d'ailleurs été dénoncé par le journal Le Figaro quatre jours plus tard, le 06 octobre 2014. La situation a au moins le mérite d'être parfaitement claire : les sanctions économiques que l'Europe a prises contre la Russie ont en réalité été ordonnées par Washington.

 

Aucun membre de l'Union européenne ne peut décider seul de lever les sanctions contre la Russie, pas même en ce qui le concerne lui-même !

 

C'est ce qu'a déclaré, entre autres, le vice-chancelier autrichien Reinhold Mitterlehner dans la première vidéo entre 00'55'' et 1'15'' :

 

« We cannot drop sanctions against Russia individually as Austria.

We are acting within the European Union and we have to act so. »

 

Ce qui signifie en français :

 

« Nous ne pouvons pas lever les sanctions contre la Russie individuellement en tant qu'Autriche.

Nous agissons dans le cadre de l'Union européenne et nous en avons l'obligation. »

 

En effet, l'article 48 du traité sur l'Union européenne (TUE) empêche chaque membre de l'Union européenne de prendre la moindre décision car la moindre modification des traités européens ne peut se faire qu'à l'unanimité des membres de l'Union européenne. C'est un des grands intérêts, pour les États-Unis d'Amérique, de la prétendue construction européenne : celle-ci est une construction autobloquante !

 

Notre agriculture est en grand péril

 

Les images entre 00'29'' et 00'54'' dans la première vidéo ont été filmées à Bruxelles le 07 septembre 2015 lors de la manifestation où des milliers d'agriculteurs européens en grandes difficultés sont venus exprimer leur détresse et leur colère. Comme vous l'avez vu, ce ne sont pas là les images d'un peuple heureux de vivre dans une saine démocratie.

 

Il faut en effet savoir que les sanctions économiques contre la Russie, que l'Union européenne s'est vue contrainte de prendre par les États-Unis d'Amérique, se sont en fait retournées de façon dramatique contre l'Union européenne ! En effet, après la prise de celles-ci, la Russie rétorqua en promulguant un embargo sur les produits alimentaires venant, entre autres, de l'Union européenne.

 

Alors que l'agriculture belge, comme celle de tout autre membre de l'Union européenne, est déjà gravement menacée par les désastreuses politiques imposées par l'Union européenne, cet embargo russe lui porte un coup supplémentaire extrêmement douloureux.

 

Et n'oublions pas que l'agriculture est un secteur hautement stratégique : un pays qui ne peut assurer de façon autonome sa sécurité alimentaire est très vulnérable.

 

Les conséquences sur l'économie européenne

 

Celles-ci sont tout simplement catastrophiques !

Le journal Die Welt l'annonçait déjà dès le mois de juin 2015 :

 

« Nach einer Berechnung des Österreichischen Instituts für Wirtschaftsforschung (Wifo), sind europaweit weit mehr als zwei Millionen Arbeitsplätze und rund 100 Milliarden Euro an Wertschöpfung in Gefahr. »

 

Ce qui signifie en français :

 

« Selon un calcul de l'Institut autrichien de recherche économique (WIFO), bien plus de deux millions d'emplois et à peu près 100 milliards d'euros sont en passe d'être perdus. »

 

Vous avez bien lu :

Bien plus de deux millions d'emplois et à peu près 100 milliards d'euros sont en passe d'être perdus !

 

Ces sanctions économiques sont un terrible désastre pour l'économie européenne !

 

Les conséquences sur l'économie russe ?

 

Dans la mesure où l'Union européenne sanctionne principalement sur ce qu'elle vend tandis que la Russie sanctionne sur ce qu'elle achète,  ces sanctions ont présenté, dans une certaine mesure, divers avantages pour l'économie russe !

 

En effet, la Russie s'est tout simplement tournée vers d'autres sources d'importations. Elle s'est notamment ouverte encore un peu plus vers l'Asie. De plus, entre le moment où les sanctions ont été mises en place en mars 2014 et un an plus tard, en février 2015, les échanges entre la Russie et les États-Unis d'Amérique ont augmenté de 7 % !

 

De plus, la Russie a procédé à divers investissements afin de relancer la production de certains de ses secteurs, notamment celui de l'alimentation. Et comme les sanctions ont duré suffisamment longtemps, ces investissement ont eu le temps de porter leurs fruits et ont, en fait, offert à la Russie une autonomie accrue, entre autres dans le domaine alimentaire.

 

Les seules véritables difficultés occasionnées à la Russie par les sanctions sont, d'une part, celles liées à la possibilité de refinancer son économie et, d'autre part, celles liées à l'acquisition de machines-outils, qui sont produites principalement en Italie et surtout en Allemagne. C'est en particulier un problème pour tout ce qui touche à la technologie pétrolière. Cela dit, le secteur des hydrocarbures ne représentant que 15 % du PIB de la Russie, cela n'est pas une question vitale même si, bien sûr, cela n'est pas négligeable.

 

Par ailleurs, le rouble a certes connu une forte dépréciation mais cela présente divers avantages que la Russie s'est montrée capable d'exploiter comme nous l'expliquait Xavier Moreau, il y a déjà un peu plus d'un an, dans cet entretien très instructif réalisé par le site d'analyse géopolitique Stratpol dont il est un des fondateurs ainsi qu'un des rédacteurs :

 

Xavier Moreau

 

Les effets positifs de la dévaluation du rouble sont donc :

 

• Une augmentation de la demande en tourisme intérieur de 40 %.

• Une monnaie plus faible qui favorise les exportations.

• Nécessité faisant loi, la Russie a été amenée à développer sa production laitière ainsi que celle de ses agrumes.

 

Mais alors, pourquoi ?

 

Comme l'a écrit Xavier Moreau dans son excellent livre Ukraine   Pourquoi la France s'est trompée ?

« L'adoption de sanctions contre la Russie par l'Union européenne reste une victoire magistrale de Washington sur la Russie et sur l'Europe elle-même. » (p.173)

 

Rappelons, car cela doit être absolument choquant et révoltant pour tout européen, qu'alors que les États-Unis d'Amérique ont imposé à l'Union européenne de prendre des sanctions économiques contre la Russie, les échanges entre la Russie et les États-Unis d'Amérique ont augmenté de façon significative !

 

En fait, les États-Unis ont tout simplement voulu affaiblir, d'une part, l'économie russe, objectif qu'ils ont rempli de façon fort modeste mais surtout, d'autre part, l'économie européenne, objectif qu'ils ont rempli avec le plus grand brio !

 

L'Empire états-unien a une économie qui ne repose sur presque plus rien de concret : d'un côté, de plus en plus d'éléments non tangibles tels que des brevets, d'un autre, un dollar qui ne repose plus sur rien si ce n'est sur l'armée états-unienne. Dans un tel contexte, les États-Unis d'Amérique se croient tout permis afin de tenter d'affaiblir les autres parties du monde qu'ils ne peuvent s'empêcher de percevoir comme des rivaux - idéologie de la concurrence oblige - plutôt que comme des partenaires de la multipolarité.

 

Comment ont-ils fait ?

 

Ce qui a permis cette manœuvre aux États-Unis d'Amérique a été la déstabilisation de l'Ukraine.

 

Le but de cette déstabilisation n'était, à la base, bien sûr pas d'imposer des sanctions économiques mais bien d'attaquer la Russie dans son glacis géopolitique.

 

Il faut savoir que la déstabilisation de l'Ukraine a été orchestrée de main de maître par les États-Unis d'Amérique.

En effet, il important de savoir que John McCain - encore lui ! - n'est pas seulement le sénateur des États-Unis d'Amérique pour l'Arizona depuis 1987, même si on peut imaginer que remplir dignement une telle tâche requerrait de s'y consacrer à temps plein. En effet, John McCain est également le président de l'International Republican Institute (IRI), qui est une émanation de la National Endowment for Democracy (NED), qui fait elle-même partie du Département d'État états-unien, qui correspond, rappelons-le, au ministère des Affaires étrangères. Or la NED a financé en 2012, de manière officielle, une soixantaine d'organismes ukrainiens pour un montant total de 3,4 millions de dollars américains. L'IRI de John McCain a reçu, à elle seule, 380.000 dollars américains pour ses opérations en Ukraine.

 

Rappelons que John McCain est allé à Maïdan, le 14 décembre 2013, soutenir Oleg Tyagnibok !

Oleg Tyagnibok dont le Jerusalem Post nous dit que le Centre Simon Wiesenthal l'avait classé, un an auparavant, en 2012, à la cinquième place des personnes les plus antisémites au monde !

Oleg Tyagnibok qui n'est autre que le président du parti politique ukrainien néonazi Svoboda ! En effet, le parti politique Svoboda s'appelait, depuis sa création en 1991, Parti Social-Nationaliste d'Ukraine (en ukrainien : Социал-национальная партия Украины - СНПУ). Ce n'est qu'en 2004 qu'il a été renommé L’Union panukrainienne «Liberté» (en ukrainien : Всеукраїнське об’єднання «Свобода»).

 

Svoboda dont le logo était, jusqu'en 2003, une Wolfsangel identique, à la symétrie près, à celle utilisée comme emblème par la 2e division SS Das Reich !

 

 

 

 

Cette collusion entre les États-Unis d'Amérique et une organisation ouvertement fasciste est certes choquante mais n'a, en fait, rien d'étonnant pour qui connaît les rouages de la diplomatie secrète états-unienne.

 

Ingérence ? Vous avez dit ingérence ?

 

Rappelons également que la première manifestation à Maïdan a eu lieu le 21 novembre 2013. On est en droit de se demander de quel droit les États-Unis finançaient déjà diverses opérations en Ukraine en 2012.

 

De plus, il est incroyable que John McCain - oui : encore lui ! - ait déclaré, à Kiev, alors qu'il soutenait le néonazi Oleg Tyagnybok :

« Nous voulons indiquer clairement à la Russie et à Vladimir Poutine que l'ingérence dans les affaires de l'Ukraine n'est pas acceptable pour les États-Unis. »

 

Quelle mauvaise foi ! Quelle arrogance !

 

Ingérence ? Vous avez dit ingérence ?

 

Dans quel but ?

 

Bien sûr, la déstabilisation de l'Ukraine vise des objectifs stratégiques bien plus importants :

L'objectif stratégique prioritaire des États-Unis d'Amérique est d'empêcher une alliance entre l'Allemagne et la Russie. Et la meilleure façon d'empêcher une alliance entre deux de ses rivaux est de créer une guerre entre eux. C'est là tout l'intérêt de l'Ukraine pour les États-Unis : menacer la Russie dans son glacis géopolitique afin de causer une guerre entre celle-ci et  l'Union européenne ! Cette question cruciale a déjà été abordée brièvement, quand j'ai récemment dénoncé le quadruplement du dispositif militaire états-unien en Europe prévu en 2017, et sera l'objet d'un prochain article qui l'étudiera plus en détails. Le lecteur curieux de s'instruire sérieusement à ce sujet pourra entreprendre, sans délai, la lecture du livre Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski.

 

Conclusion

 

L'Union européenne, qui est l'œuvre des États-Unis d'Amérique et de l'oligarchie financière, est une prison des peuples et n'est rien d'autre qu'une entreprise de vassalisation du continent européen.

 

La conclusion à en tirer est on ne peut plus simple : il faut sortir de l'Union européenne par la mise en œuvre de l'article 50 du traité sur l'Union européenne qui prévoit qu'un pays peut déclarer unilatéralement sa sortie de l'Union européenne.

 

 

Mike Werbrouck

Président fondateur du MIB

 

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